Examinons les termes les plus usuels du vocabulaire technique de la reliure.

On nomme plats les deux surfaces planes du carton servant de couverture à un livre. Jadis, les plats étaient en bois, recouverts de peau ou d’étoffe, avec plaques et clous d’or, d’argent ou de cuivre, pierres précieuses etc.

Le dos est la partie arrondie du livre où se trouve la couture et où s’inscrivent le nom de l’auteur et le titre de l’ouvrage. On fabrique des reliures dites à dos plein quand les cahiers qui composent le livre sont collés directement sur l’intérieur du dos, et des reliures dites à dos brisé, quand le dos des cahiers n’adhère pas à la peau du dos de la couverture.

On appelle tranches les trois surfaces du livre par où il a été rogné. La tranche horizontale supérieure porte le nom de tête, et l’inférieure, la queue. La tranche verticale est la gouttière.

Endosser un livre, c’est donner au dos une forme arrondie, convexe.

Dès que la peau est adaptée et collée sur le dos, et les plats, on met le livre entre des ais ou planchettes de bois appelées membrures, qu’on maintient fortement serrées au moyen de ficelles ou fouets afin de l’empêcher de gondoler. Cette opération, ce serrage qui s’effectue à la presse se désigne sous le nom de fouettage.

Pour protéger le livre, il est nécessaire que le carton déborde la tranche. Cet excédent constitue les chasses du livre, ainsi nommées parce qu’avant de rogner le livre, on a dû donner la chasse, c’est à dire du jeu au carton…

Le dos forme une petite saillie en se retournant sur chaque côté du plat : ces saillies sont les mors du livre. Elles sont nécessaires pour loger les cartons.

C’est le long de ces saillies que le carton est attaché à la couverture du dos par une bande de peau sur laquelle il se meut. Les mors s’appellent très souvent charnières…

Au deux extrémités du dos se trouve un petit rouleau couvert de fils de couleurs alternées : cet ornement qui est le tranche fil répond à un but d’utilité. Il sert à bien assujettir les cahiers, et à donner plus de consistance à la couverture.

On appelle coiffe le rebord du repli que forme l’extrémité de la peau du dos des livres, en tête et en queue.

Les gardes sont des feuilles de papier placées au commencement et à la fin du livre pour en garantir, en garder les premiers et les derniers feuillets.

Les livres reliés sont cousus avec du fil de lin sur des ficelles appelées nerfs ou nervures qui font ou plutôt sont supposées faire saillie sur le dos des volumes.

Il y a deux catégories principales de reliure : la reliure pleine et la demi-reliure. Un livre est en reliure pleine lorsqu’il est tout entier recouvert de la même peau : veau, truie, basane, chagrin, maroquin etc.

La basane (de l’espagnol badana) est de la peau de mouton simplement tannée.

Le chagrin (de l’Italien Zigrino, sagrin à Venise, qui fut le berceau de la reliure) provient de la chèvre, quelquefois du chameau ou du cheval. Il offre beaucoup de solidité et de résistance.

Le maroquin, qui tire son nom du Maroc, est du cuir de bouc ou de chèvre, apprêté avec de la noix de galle ou de sumac. Son grain est très apparent, saillant.

La peau de truie fut très employée au moyen âge pour les livres ou manuscrits très précieux.

Le cuir de Russie est remarquable par son odeur particulière due à la bétuline, principe actif de l’écorce de bouleau dans une décoction de laquelle on a laissé tremper ce cuir pendant plusieurs jours.

Le parchemin provient de la peau non tannée, simplement macérée dans de la chaux, puis écharnée, raclée ou raturée et enfin adoucie à la pierre ponce, de divers animaux : agneaux, moutons, chèvres, veaux.

Les reliures d’art se font surtout en reliures pleines, revêtues d’ornements, filets, fleurons, armoiries etc. appliqués avec des fers à dorer, d’où le nom de fers, de petits fers, donné à ces empreintes. Faites avec un seul fer de la grandeur même de l’ornement, elles sont appelées plein-or. Quand cette impression est faite sans dorure, avec des fers simplement chauffés, on dit que le livre est gaufré ou estampé.

En ce qui concerne l’historique des reliures d’art, si le vrai berceau fut l’Italie, Venise en tête, la France occupe depuis plusieurs siècles le premier rang. Parmi les plus illustres relieurs, citons Jean Grolier, Clovis Eve, relieur des de Thou, des rois Henri IV et Louis XIII, Pigorreau, l’abbé du Seuil, Boyer, Padeloup, Le Monnier, le relieur du Régent, de Rome, Dubuisson, Tessia, Jubert qui travailla pour Marie-Antoinette, Thouvenin, Bauzonnet, Capé, Chambolle, Duru, Cuzin, Carayon, Petrus Ruban, Marius Michel, et tant d’autres…